lundi 15 décembre
Histoire de La Neuville Chant d'Oisel
"La Neuville Chant d'Oisel", commune du canton de Boos, rattachée à l'Agglomération rouennaise début 2007 est située à l'extrémité du département de la Seine-Maritime, en bordure de celui de l'Eure, à une quinzaine de kilomètres de Rouen.
Ce village a été édifié à la suite des défrichements successifs de l'immense forêt de Longboël ordonné par saint Louis et excuté par des moiness de l'abbaye de Royaumont avant que les terres de La Neuville soient cédées au chapitre de Rouen en 1263. La paroisse comptait alors déjà 1 000 habitants. La devise de la Neuville, reprise sur son blason est "Le Chant de l'oiseau adoucit l'amertume de la vie". Une voie Romaine partant de Darnétal, passait par Saint-Pierre-de-Franqueville, Boos, La Neuville, traversait la forêt de Longboël et atteignait Pont-Saint-Pierre. Une autre partait de Rouen (Rothomagus) et rejoignait Radepont (Ritumagus), passant par Montmain et La Neuville. Il est possible que les romains aient créé une "station", peu importante du reste, sur le terrain de La Neuville, qui prit au cours des âges, peu à peu, l'allure d'un village. Des pièces, médailles, vases et autres objets d'origine romaine furent découverts à plusieurs reprises, attestant, sinon une installation, tout au moins le passage fréquent des armées de César. Après la conquête des Francs, les bords de l'Andelle et ses environs appartinrent à la Neustrie. Les rois Mérovingiens y possédèrent les forêts de Lyons, Longboël et Arlaune (Brotonne) et eurent des maisons de repos et de plaisance à Etrépagny, Le Vaudreuil et Vatteville.
Puis les Carolingiens s'installèrent dans la région. En 862 ils élevèrent un château-fort à Pîtres, et fortifièrent les alentours. Charles, roi de France, y rendit un édit royal cette même année, et avisa au moyen d'arrêter les pirates normands. Ceux-ci, après plusieurs incursions dans la vallée de la Seine, se lancèrent dans une attaque d'envergure, qui devait leur assurer la possession du territoire pour toujours. Le traité de Saint-Clair-sur-Epte, en 912, entre Rollon, chef des Normands et Charles le Simple, roi de France, fixa les limites de la Normandie. Ici commence une ère nouvelle pour le pays, et ses nouveaux possesseurs se partagent les terres des Francs que ceux-ci avaient prises aux Gallo-Romains.
Il n'apparait pas être encore question de La Neuville à ce moment là. Du reste, le patronage de la vierge sous laquelle la paroisse est placée, ne laisse pas supposer une installation antérieure aux Xe ou XIe siècles. Il y a lieu de penser que l'édification de la localité est dûe aux Normands, aux environ de 950, après la prise de la région. Ceux-ci, installés solidement, firent de leur mieux pour réparer les désastres commis, lors de la conquête de la Neustrie, et leurs chefs, ainsi que les Ducs de Normandie qui succédèrent à Rollon, dotèrent leurs compagnons de vastes domaines. C'est alors que les nouveaux maîtres de la contrée rivalisèrent d'entrain pour construire, assainir, défricher les forêts, etc..
Le XIe siècle fut le temps de la foi la plus ardente du peuple. On venait d'échapper aux terreurs causées par l'approche de l'an 1000, que l'on considérait comme devant marquer la fin du monde. La date fatidique passée, le peuple témoigna sa joie et sa reconnaissance de vivre, par un redoublement de ferveur et de croyance, et l'édification des cathédrales, églises et monastères. Les Seigneurs, animés du même zèle pieux y contribuèrent largement, dotant les communautés et le clergé de possessions importantes et de larges revenus.
C'est ainsi que Guillaume Fitz-Obern, et Adeline son épouse, fondèrent, en 1045, l'Abbaye Notre-Dame de Lyre, sur les bords de la Risle, dans une situation délicieuse, lui accordant dans la charte de fondation, le patronage de l'Eglise de Chandoysel. L'érection du pays en paroisse paraît dater de cette époque. Ce fait prouve que la localité, certes bien moins importante que par la suite, existait déjà en 1045, autour de son église, et confirme l'ancienneté du Chant d'Oisel sur le reste du pays.
Tout d'abord, le seul moyen de transport, au début du siècle, était la marche à pied. Les gens n'avaient donc pas la possibilité de se rendre tous les matins à Rouen pour aller travailler. C'est pourquoi tout était regroupé dans le village et ses environs; ainsi , les agriculteurs vendaient leurs productions aux commerçants. Les commerces étaient abondants, ne serait-ce qu'à la Neuville en 1950 il y avait sept épiceries qui faisaient coiffeur et café en même temps; deux boulangeries; deux boucheries; trois magasins de fruits; et une poissonnerie. Tout ceci n'est qu'une petite partie des commerces qui existaient alors, car en réalité on en comptait quarante trois. Actuellement, il ne reste plus qu'un coiffeur, une boulangerie, une petite epicerie, et un ébéniste. Bien entendu, certains métiers ont disparu ou se sont ratifiés à cause de la modernisation tels que les repasseuses, le tonnelier, le bourrelier/sellier et bien d'autres. Mais on ne peut pas nier que la modernisation a aussi tué ces petits commerces. En effet, l'arrivée de la voiture rend les gens plus autonomes: ils se déplacent de plus en plus loin, de plus en plus vite. En outre, les femmes, qui jusque là travaillaient avec leur mari au champ, commences en 1955 à s'émanciper et à partir vers la ville afin d'y travailler. En 1936, cinq femmes savaient conduire, ce nombre ne pouvait qu'augmenter; elles ont alors eu de moins en moins besoin des commerces de la Neuville Chant d'Oisel.
La modernisation est arrivée après la première guerre mondiale. Avant la guerre, les gens n'avaient pas ou peu de montres, d'horloges ou quelques instruments aptes à indiquer l'heure avec précision, il fallait donc se rendre à Rouen à pied dans le but de régler sa montre pour la semaine. Durant la guerre, la Neuville n'a pas vraiment souffert sur le plan architectural: à part une épicerie qui a brûlé, le reste est demeuré intact. Cependant en ce qui concerne les gens, on pourrait alors parler de pénurie puisque ils faisaient des échanges, du troque de vêtements, de nourritures, et bien d'autres choses. Mais avant cela, l'électricité fut le premier signe de modernisme, puis vint l'eau courante qui fut mal acceptée car tous les Neuvillais possédaient une marre ou un puits et ils ne voyaient donc pas l'utilité d'avoir l'eau courante. et pour finir le téléphone fait son apparition. Mais lui, tout comme l'eau courante, met un certain temps avant d'être adopté par les habitants. D'ailleurs en 1960-70, le nombre d'abonnés ne représentaient même pas une colonne dans l'annuaire.
A la Neuville , beaucoup de maisons ont été rénovées, mais le caractère rural est toujours resté du moins de l'extérieur car l'intérieur est, bien entendu, aujourd'hui bien différent. L'intérieur d'une maison de Neuvillais de classe sociale moyenne se constituait d'une grande pièce qui servait à la fois de cuisine, de salle de séjour, et de réfectoire; ainsi le reste des pièce servaient de chambres et chacune d'elles possédaient un poêle (du moins au ré de chaussé.) En outre, posséder une horloge ou des miroirs était une chance. On ne parle pas, bien sûr, des deux châteaux de la Neuville Chant d'Oisel, dont l'un a appartenu aux grands-parents de Guy de Maupassant qui, eux, avaient le chauffage central et bien plus de pièces.
Lorsque ils avaient un peu de temps de libre: les hommes se rendaient au café, tandis que les femmes restaient à la maison afin de préparer à manger, de broder ou de coudre. Comme le coût de la vie était différent, les femmes raccommodaient et remaillaient les vêtements détériorés. Elles reprisaient également les chaussettes. Pendant ce temps, les jeunes filles marquaient ou bien préparaient leur trousseau pour leur mariage. Les enfants devaient, lorsque ils y allaient, apporter leurs bûches à l'école afin de se chauffer et etaient d'ailleurs placés en fonction de cela par rapport au poêle. Cependant, à cette époque, l'école n'était pas obligatoire; de plus, ils n'avaient pas le temps de lire puisque ils devaient aider leurs parents au champ. Alors, la tête plein d'histoires, les grands-parents, qui logeaient avec toute la famille, en racontées souvent le soir avant d'aller se coucher car celles-ci étaient racontés de génération en génération, elles étaient devenues alors d'inéluctables habitudes.
Comment faisait-on la fête il y a 50 ans à La Neuville? Il y a d'abord des fêtes religieuses : la saint Patron, la St Jean à Mesnil Raoul, la St Nicolas à Pont St Pierre, les garçons vont au bal en petites bandes en vélo équipé d'une lampe à carbure. Après la guerre,le curé organise une kermesse et crée la JAC (jeunesse agricole chrétienne). Progressivement, une fête laïque s'accole à la fête religieuse et s'instaure un partage de la journée : cérémonie religieuse le matin, distributions profanes l'après-midi. C'est la fête de Quasimodo, le dimanche après pâques, sur la place Baudry. C'est la fête de la Pentecôte sur la place de l'église. Il y a des manèges, des loteries, des tirs, un orgue de barbarie. Le 14 juillet, après les cérémonies du matin, on organise la distribution des prix à l'école et une petite fête avec loteries, manèges, courses en sac...Mais la grande fête, qui marque la mémoire des participants, c'est, à partir de 1950 et jusqu'en 1969, la Chantdoiseau, le 1er Mai.Une équipe dynamique ajoutera aux distractions classiques d'une fête de village, un pôle d'attraction de renommée nationale. C'est André Verschuren, Leon Zitrone, les Pompiers de Paris et bien d'autre célébrités qui défilent à La Neuville. Le succés est incontestable et dépasse largement les limites de la commune. Après la guerre, le café Guesdin ouvre dans une pièce attenante au bistro une salle de danse, une guiguette qui remporte un grand succès. On ne sert pas d'alcool, il faut montrer patte blanche et les garçons d'autres villages doivent être connus s'ils veulent entrer. Dans la salle, les parents accompagnent et surveillent leurs filles. Un garçon pour inviter une fille à danser doit d'abord plaire à la mère et avoir son autorisation.
L'éthymologie du nom du village est des plus aisée à définir. Le "Chant d'Oisel" doit son appellation au gazouillis des nombreux chanteurs emplumés qui peuplent la campagne, car en vieux français, oiseau se prononçait oisel. Quant à La Neuville, c'est par ses nom et origine, la "ville neuve", le pays nouveau construit au fur et à mesure des défrichements de la forêt de Longboël. Cette partie du village s'appela d'abord La Neufville, puis l'unissant au Chant d'Oisel, on en fit La Neufville du Chandoysel (Nova Villa Cantus Avis) nom employé dans les plus anciens documents, puis on écrivit la Neuville Chant d'Oisel jusqu'à la Révolution, où pour un motif ignoré mais absurde, on a commencé à orthographier La Neuville Champ d'Oisel, enlevant ainsi le charme du nom de la localité, et en dénaturant l'origine."
Histoire de la Neuville-Champ-d’Oisel - Jules Lamy - 1950
La Musardie - publication de l'association Connaître la Neuville Chant d'Oisel - Michel Patard














